Dressée sur le bord de la route, la bâtisse rose récemment repeinte a des airs de forteresse assiégée. Il est tôt le matin, mais un garde est déjà à l'entrée, revolver à la ceinture. «La clinique reste ouverte», proclame une large banderole sur la grille. Mais à chaque fois qu'une voiture vient se garer, la quinzaine de manifestants qui se tient sur la chaussée se met à hurler. «Vous vous rendez compte qu'après ce que vous allez faire, quelqu'un va mourir !» crie un homme. Tête baissée, une capuche sur la tête, une jeune fille entre dans la clinique de la Jackson Health Women's Organization, avec l'aide de deux volontaires. A l'intérieur, Shannon Brewer-Anderson, la directrice, soupire : «Les excités anti-avortement, on en a pris l'habitude, ils ne nous font plus peur depuis longtemps, assure-t-elle. Mais cette fois, nous sommes très inquiets : on peut nous obliger à tout arrêter d'ici quelques semaines. Et on ne pourra rien faire. Pour toutes les femmes, ce serait une catastrophe.»
Située au cœur de Jackson, la capitale du Mississippi, la Jackson Health Women's Organization est la dernière clinique de l'Etat à pratiquer encore l'IVG. Mais elle pourrait bientôt fermer ses portes. En avril dernier, le gouverneur républicain Phil Bryant a en effet signé une loi, baptisée «HB 1390», obligeant les praticiens à être également enregistrés dans les hopitaux locaux. Une sentence de mort pour la clinique puisque deux de ses trois médecins ne sont pa




