Le paysage vert et luxuriant des plantations de thé rappelle que la région de Nakuru (150 km au nord-ouest de Nairobi) est une des plus riches du Kenya. La quiétude champêtre est rompue de temps à autre par le passage de camions, bardés de posters d’un candidat au poste de gouverneur ou de sénateur, dont les baffles crachent une musique tonitruante. Mais, derrière une colline au bout d’une piste cabossée surgit un autre monde. Des dizaines de tentes couvertes de bâches blanches en plastique abritent près de 200 familles. Cinq ans après les violences postélectorales qui ont fait plus d’un millier de morts et 600 000 déplacés, elles ne sont toujours pas rentrées chez elles.
Les sirènes de la campagne pour les élections générales d'aujourd'hui - les Kényans élisent leur président, mais aussi leurs députés, sénateurs, gouverneurs et conseillers départementaux - ravivent de sombres souvenirs chez Simon Muyeso, âgé de 53 ans. Il marche avec difficulté et a perdu l'usage de sa main droite. En 2008, il a été agressé par une foule armée de machettes et s'en est miraculeusement sorti, mais il ne pourra jamais reprendre son travail de mécanicien. «On a distribué des tracts dans les rues de Nakuru… C'était la même chose il y a cinq ans, et après, on a brûlé nos maisons et tué nos familles», soupire-t-il.
Crimes. La plupart de ces déplacés appartiennent à l'ethnie Luo, celle de Raila Odinga, actuel Premier ministre et candidat malheureux à la




