Un long et difficile processus commence pour trouver une solution politique à la question kurde en Turquie. Il y avait déjà eu durant ces vingt-neuf ans de «sale guerre» quatre cessez-le-feu annoncés par les rebelles mais jamais effectifs, des négociations en sous main et même, au printemps 2009, une «ouverture kurde» lancée par le Premier ministre islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan, mais aussitôt avortée. Cette fois pourtant, les chances de la paix paraissent bien réelles. «Il y a une rupture symbolique irréversible dans le seul fait de mettre le leader du PKK au centre des négociations, en lui donnant une pleine légitimité politique», analyse Ahmet Insel, universitaire et animateur de la revue Birikim.
Envergure. L'ennemi public numéro 1 est désormais salué comme un incontournable interlocuteur. Une bonne partie de la population, notamment au sein des élites, reconnaît en outre - pour s'en féliciter ou pour le déplorer - que le leader charismatique de l'AKP, le parti islamiste au pouvoir depuis 2002 et le leader kurde sont aujourd'hui les deux seuls véritables hommes politiques d'envergure porteurs d'une vision. «Le seul problème est que ni l'un ni l'autre ne sont véritablement des démocrates», soupire Soli Özel, spécialiste des relations internationales et éditorialiste au quotidien HaberTurk.
Ce pari de la paix où l'un et l'autre jouent leur va-tout se fonde sur une conscience de la réalité.




