Avec ses mosquées de pierres blanches, ses longues allées sablonneuses bordées de champs, ses immeubles à jamais en construction, ses cafés à chicha, ses nombreux vieux à la retraite ou jeunes au chômage, Mahalet Zeyad ressemble à mille autres bourgs du delta du Nil. Rien ne laisse penser que l’on se trouve dans le désormais tristement célèbre «village des pendus». C’est pourtant ici que, le 17 mars, Mahmoud et Abdel-Rahman, 17 et 18 ans, ont été lynchés par une foule en furie, puis pendus. Leur supplice a duré quatre heures et atteint des degrés extrêmes de violence. Roués de coups de poing, de pied, de bâton, de couteau ; lacérés, mutilés puis baladés à l’avant d’une pelleteuse, avant d’être finalement pendus par les pieds, sous un hangar de tôle, à deux pas du commissariat.
Si tous n’ont pas participé, des centaines d’habitants, des milliers même selon la police, ont assisté à la scène, encourageant les bourreaux ou filmant les tortures avec leur téléphone mobile. Les vidéos diffusées sur YouTube ont choqué les Egyptiens, qui y ont vu le terrible miroir d’un pays en perdition, au bord de la rupture, miné par les crises politique et économique. Un pays où l’on ne croit plus en rien sinon en Dieu, surtout pas dans l’Etat, moins encore dans la police. Et où l’on en vient à faire justice soi-même, avec la plus grande barbarie.
Absurdité de la situation
Le cas de Mahalet Zeyad n'est pas isolé. Dans la seule province d'Ach-Charqiya, également située dans le delta, on




