Chaque soir, après la prière, Issa Idrissa Maiga présente le journal en français et en songhai de la radio Hanna («la veillée»). Après les nouvelles, il récite la publicité d'une compagnie de transports dont les affaires roulent. «Les gens reviennent, en masse même», dit le journaliste.
Dans l'une des gares de Gao, Zakaria Konta descend d'un car aussi brûlant que le soleil, après 1 200 kilomètres avalés depuis Bamako. Comme des milliers de déplacés, il est resté des mois dans la capitale. Il ne revient qu'avec un petit sac de sport et quelques couvertures. «A Bamako, ce n'est pas facile de trouver de l'argent, et on a entendu que la sécurité était revenue grâce aux Français.»
La dernière attaque jihadiste dans la cité des Askia a eu lieu il y a huit jours. Non loin de la «rôtisserie de l'espoir», dans les bâtiments administratifs jonchés de douilles et criblés de balles, enfants comme adultes pointent du doigt avec enthousiasme les boyaux desséchés des jihadistes qui pendent dans les décombres. Des chasubles de la police islamique traînent encore dans la cour du commissariat. Les Maliens ne sont pas du genre à muséifier. Les souvenirs suffisent. Sur les fils électriques, dressés au-dessus des rues sableuses, pendent aussi quelques carcasses de chats, habilement lancées par les enfants après un bon repas. «Il ne faut pas raconter ça, sinon les gens vont croire qu'on meurt de faim ici !» s'amuse Famou Yattara.
Clair de lune.




