Les miradors et les cheminées des fours crématoires sont les symboles des camps nazis et de la mort industrielle. Les ravins sont, eux, ceux de l’extermination systématique des populations juives au fur et à mesure de l’avancée allemande dans les territoires de l’ex-URSS, où furent tuées près de la moitié des 6 millions de victimes de la Shoah. Le plus tristement célèbre d’entre eux est celui de Babi Yar, «le ravin des vieilles femmes», en périphérie de Kiev. Devenu décharge publique après-guerre, le lieu s’est transformé depuis en un parc de sport et d’attractions où rien sinon un monument générique et une petite menorah (chandelier à sept branches) ne rappelle qu’en septembre 1941 y furent assassinés en quelques jours plus de 40 000 Juifs de la capitale ukrainienne.
Villageois. «La Shoah est inscrite depuis un demi-siècle dans la littérature occidentale et Auschwitz est à présent le soleil noir de notre méditation sur l'homme. Dans le domaine russe, cependant, on ne trouve guère de littérature spécifique portant sur ce génocide», notent Annie Epelboin et Assia Kovriguina dans ce livre analysant l'occultation de cette mémoire dans l'après-guerre, avec les grandes campagnes antisémites lancées par Staline, mais même ensuite et encore jusqu'à aujourd'hui dans la Russie «poutinienne». Depuis la perestroïka, le mot «Kholocost» a fait son apparition, mais pour le grand public «le génocide est considéré comme une part indistincte




