Deux coups vifs sur la porte, une voix forte, et déjà Aneela entre comme un tourbillon dans la maison de ses électrices potentielles, brandissant ses tracts de campagne et son bagou grisant d’énergie. Portée par la même insolente audace avec laquelle elle a balayé les tabous de cette région très traditionaliste du nord-ouest du Pakistan en osant se présenter en indépendante aux législatives de samedi. A l’intérieur de la modeste maison du village de Cham Kani, près de la grande ville de Peshawar, trois générations de femmes recluses chez elles, comme beaucoup d’habitantes de cette région, entrent en effervescence, entourant la candidate dans un brouhaha libérateur.
«Je me battrai pour la défense de vos droits au Parlement si je suis élue, je veux être au service de ma communauté», leur lance Aneela Shaheen, 32 ans, joues en feu et souffle court. Mehnaz Begum, 31 ans, boit les paroles de la candidate avec enthousiasme : avec un mari au chômage, cinq enfants et aucune qualification, elle désespère d'une vie figée. «Une femme est bien mieux à même de comprendre nos problèmes, et Aneela a déjà prouvé qu'elle était honnête et travailleuse», explique-t-elle. «Aneela est comme Benazir Bhutto [ex-Première ministre et icône assassinée en 2007, ndlr], belle, courageuse et au grand cœur : on veut Aneela !» s'exclame Hasmat Ara, 57 ans. Son voile noir austère ne parvient pas à atténuer la beauté du visage solaire d'Aneela.
Déjà, elle court vers une autre maison,




