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Sema Kaygusuz. Alévie, à la mort

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L’œuvre de cette écrivaine de 40 ans réactive en Turquie le débat autour de l’alévisme, branche progressiste du chiisme.

(Photo Bruno Charoy)
Publié le 16/05/2013 à 19h06

Photo Bruno Charoy

La figue n'a jamais été pour elle un fruit comme les autres. «Elle ne se mange pas en tranche, il faut l'embrasser, la fouiller, la sucer», explique en riant Sema Kaygusuz, fascinée depuis l'enfance par cette chair écarlate, frémissante, comme vivante. Elle aime à rappeler que, de l'Iran à l'Anatolie comme dans la plupart des pays méditerranéens, les femmes préfèrent simplement évoquer «le fruit» plutôt que de prononcer en public son nom à la connotation sexuelle, presque obscène.

Son petit appartement d'Istanbul, sur la rive européenne du Bosphore, donne sur un étroit jardin envahi par le feuillage de deux figuiers jaillissant par-dessus un mur mitoyen. Avec son parfum obsédant et sa sève laiteuse, cet arbre non plus n'est pas comme les autres. «Il peut être mâle, femelle ou hermaphrodite ; en araméen, pour le distinguer des choses, on l'appelle idra ce qui signifie "âme"», explique Sema Kaygusuz qui n'a jamais oublié ce moment où sa grand-mère lui tendit une figue en disant : «C'est ta sœur.»

Elle avait tout juste 10 ans. Comme tous les étés, elle venait en vacances dans cette vieille maison de bois de Samsum au bord de la mer Noire où elle rejoignait Huriye, la mère de son père, qui parlait avec les esprits et lui racontait des histoires de fées et de djinns. Le monde alors se peuplait d'un coup. «Les arbres, les pierres ou les sources s'animaient et le mendiant passant devant la maison pouvait très bien être Hizir,

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