Menu
Libération
Analyse

Une révolte cousine des Indignés plutôt que des printemps arabes

Réservé aux abonnés

C’est la dérive autoritaire du leader de l’AKP qui fait réagir la Turquie laïque.

Des manifestants reculent devant la police ce vendredi. Mais malgré la répression, la manifestation s'amplifie, et tourne à la révolte contre la politique autoritaire de Recep Tayyip Erdogan. (Photo Osman Orsal. Reuters)
Publié le 02/06/2013 à 22h07

Nombre d'intellectuels opposants dénonçaient de longue date la «poutinisation» de l'homme fort de la Turquie, plus encore que l'islamisation rampante des institutions de la République fondée par Mustafa Kemal sur les décombres de l'Empire ottoman. C'est avant tout l'autoritarisme croissant du Premier ministre qui a déclenché la révolte. Fondateur et leader charismatique de l'AKP, au pouvoir depuis novembre 2002, Recep Tayyip Erdogan règne sans partage sur un parti islamo-conservateur qui contrôle tous les leviers du pouvoir après avoir mis l'armée au pas.

«Taksim est Tahrir», clamaient hier les manifestants. Au-delà du slogan, il n'y a pourtant guère de point commun. En dix ans de pouvoir AKP, le revenu moyen des Turcs a triplé, et le gouvernement a utilisé l'Europe et l'espoir qu'elle suscitait pour casser les structures autoritaires du vieil Etat kémaliste. Par trois fois, en outre, améliorant à chaque fois son score, l'AKP a remporté haut la main les élections face à une opposition de gauche laïque manquant autant de vision que de leadership.

Rejet. «Ce ras-le-bol citoyen est beaucoup plus proche d'un mouvement comme celui des Indignés que des révoltes arabes», analyse Ahmet Insel, directeur de la prestigieuse revue Birikim, soulignant que depuis maintenant plus d'un demi-siècle, la politique turque vit au rythme «d'élections dont nul ne conteste la parfaite régularité». Ce mouvement se nourr

Dans la même rubrique