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Reportage + son

Les casseroles résonnent à Istanbul pour défendre la place Taksim

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Chaque nuit, les habitants font entendre leur colère contre le pouvoir en percussions improvisées. Un mode de protestation devenu tradition en Turquie.

Un drapeau turc portant l'effigie d'Ataturk près d'une barricade érigée aux abords de la place Taksim, à Istanbul, le 4 juin. (Photo Yannis Behrakis. Reuters)
ParMarc Semo
(envoyé spécial à Istanbul)
Quentin Girard
(vidéo)
Publié le 05/06/2013 à 7h42, mis à jour le 05/06/2013 à 11h56

Les lumières des appartements ont commencé à s’éteindre et se rallumer puis le «concert» a démarré. En sourdine d’abord, une femme d’un second étage penchée à sa fenêtre et tapant avec une louche contre une grosse casserole. Du balcon d’en face est arrivée la réplique, plus cristalline, long solo pour cuillères, fourchettes et poêle. D’un autre appartement résonnait le son d’un tambourin. Puis des sifflets et le fracas a envahi toute la Baskurt sokak, petite rue en contrebas de Taksim qui dévale vers le Bosphore. Il était 21 heures tapantes et comme chaque soir le vacarme a gagné tout Cihangir.

(enregistré par Libération dimanche 2 juin)

«La première fois c'était vendredi soir alors que la police chargeait et bloquait tout le quartier. Cela a été spontané. Les vieux, les femmes avaient peur de sortir et nous aussi d'ailleurs mais nous voulions montrer notre solidarité avec les manifestants victimes de la violence du pouvoir» explique Ceyhun, qui partage un petit appartement avec deux amies, Mugue et Dugyu, elles aussi graphistes. La voisine du dessus, Zeynep, qui a planté un drapeau turc sur son pot de géranium et tape en cadence sur un pot en cuivre, est tout aussi déterminée. Manager d'une société de service en lignes, elle avait jusqu'ici voté AKP, le parti islamo-conservateur au pouvoir , non pas pour l'idéologie mais «parce qu'il modernisait le pays et faisait marcher l'économie». La sauvagerie de la répression policière des derniers jours et su

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