Menu
Libération
Analyse

Le pouvoir face à un de ses plus grands défis

Réservé aux abonnés

Erdogan aura du mal à venir à bout d’une opposition hétérogène sans revendication commune.

ParMarc Semo
(à Ankara)
Publié le 09/06/2013 à 22h51

C'est un mouvement inédit dans l'histoire turque par son caractère spontané comme par son ampleur et sa créativité multiforme, évoquant les Indignés espagnols, le «printemps érable» du Québec ou Mai 68. Cette «révolte de la dignité», selon la formule de l'universitaire Ahmet Insel, met pour la première fois sérieusement sur la défensive un Premier ministre islamo-conservateur qui, jusqu'ici, avait su remporter haut la main trois élections législatives et deux référendums en dix ans.

«Le défi est sans précédent car ces enfants du kémalisme manifestent au nom des libertés pour tous, et non, comme leurs parents, pour demander une intervention des militaires gardiens autoproclamés d'une laïcité autoritaire», analyse Menderes Cinar, professeur de sciences politiques à l'université Baskent d'Ankara. Pris à contre-pied par cette contestation atypique, le leader de l'AKP fait quelques concessions pour la forme disant accepter «les revendications démocratiques» mais pas le «vandalisme». Mais, surtout, il dénonce un supposé complot de «ceux qui ne peuvent pas supporter que des gouvernements soient portés au pouvoir par les urnes». C'est-à-dire les vieilles élites kémalistes et l'armée, bien que celle-ci ait été mise au pas par le pouvoir.

Au printemps 2007, des centaines de milliers de personnes avaient défilé dans les grandes villes dans un mouvement encadré par diverses organisations kémalistes, depuis démantelées par une justice reprise en

Dans la même rubrique