Entre salades au thon et sandwichs poulet, il est sans cesse question d'«architecture de réseaux» ou de «fichiers classifiés» au bistrot de l'hôtel Courtyard d'Annapolis Junction, dans le Maryland. «Comment faites-vous pour distinguer l'accès entre données confidentielles et données ordinaires ?» entend-on ce midi à une table voisine où six informaticiens confèrent le plus naturellement du monde, comme s'ils étaient ici chez eux et ne parlaient que de choses vraiment très ordinaires.
Nous sommes là au plus près du Léviathan, dans la zone industrielle qui jouxte la mystérieuse National Security Agency (NSA), au cœur du scandale mondial soulevé par Edward Snowden (lire ci-contre) avec ses révélations sur l'espionnage systématique auquel se livre cette agence. Mais on se croirait dans n'importe quel parc de bureaux, entre employés en chemise ou même en tee-shirt, ordinateur portable sous un bras, gobelet de café dans l'autre main. Seul le nom des rues, «route d'Hercule», «route de la Technologie» ou «rue de la Sentinelle», trahit qu'on s'adonne ici à des activités un peu particulières, supposant force, ingéniosité et vigilance.
«Communications». Impossible d'accéder à la NSA elle-même : installée depuis la fin des années 50 dans cette proche campagne de Washington choisie, prétendait-on alors, pour échapper aux radiations dans le cas où une bombe atomique frapperait la capitale des Etats-Unis, l'agence relè




