Malgré la sinistrose ambiante, Mohamed est d'humeur joyeuse. Ce bawab (gardien d'immeuble) de Garden City, quartier résidentiel du Caire, n'est pas peu fier de montrer aux voisins et aux passants l'imposante porte en fer forgé, installée la veille à l'entrée de son immeuble. «Elle est belle. Et en plus, elle est solide. Avec ça on ne risque rien», fanfaronne ce farouche opposant aux Frères musulmans. Il ne rêve que d'une chose : le départ de Mohamed Morsi et l'organisation d'une nouvelle élection présidentielle. A deux jours des grandes manifestations contre le président, prévues dans tout le pays le 30 juin, de nombreux Egyptiens ont également pris leurs précautions et fait des réserves de vivres, d'argent ou d'essence, se préparant à des jours compliqués et à des pénuries.
Panique. Cette prudence est à double tranchant : dans toutes les stations-service pas encore à sec, se sont formées d'interminables files d'attente. Il pourrait vite en être de même devant les distributeurs automatiques de billets. Ce mouvement de panique traduit toute l'inquiétude suscitée par cette mobilisation, prévue de longue date et qui s'annonce aussi massive que potentiellement violente, un an après l'investiture de Mohamed Morsi à la tête de l'Egypte. Mis en confiance par les 15 millions de signatures qu'ils affirment avoir récoltées par leur pétition anti-Morsi, les opposants libéraux et de gauche du mouvement populaire Tamarod («rébellion»




