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Libération
Reportage

A Istanbul, «les apprentis citoyens» des jardins publics

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Après des semaines d’affrontements place Taksim, les jeunes militants laïcs réinventent, dans les parcs de la métropole turque, l’assemblée démocratique.

Place Taksim le 25 juin 2013. (AFP)
ParMarc Semo
Envoyé spécial à Istanbul
Publié le 08/07/2013 à 19h46

Ses mains tremblent en tenant le micro. Jamais Esra n'a ainsi parlé en public, mais elle tient à dire ce qu'elle ressent depuis des jours. «Oui, nous avons raison, mais il faut aussi que la Turquie le sache, nous devons aller dans les villages expliquer ce qu'est notre résistance», martèle l'étudiante. Assise sur l'herbe, la foule approuve en agitant les mains. Trop bruyants, des applaudissements gêneraient le voisinage. Des sifflements aussi. Pour marquer sa désapprobation, on croise les poignets en l'air. Pas question non plus de se lancer dans d'interminables discours : les interventions sont limitées à trois minutes. Les règles sont précises et admises par tous au forum du parc Yugurtçu (le parc des «yaourtiers») de Kadiköy, quartier de classes moyennes sur la rive asiatique du Bosphore, comme dans une trentaine d'autres assemblées similaires qui se tiennent tous les soirs dans des parcs d'Istanbul.

Chaque réunion commence par cinq minutes de silence pour les cinq morts des trois semaines de contestation et d'émeutes, dont on rappelle au micro les noms, y compris celui d'un policier. Le 16 juin au soir, les occupants du parc Gezi, près de la place Taksim, qui avaient défié l'autoritarisme croissant du Premier ministre islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan, ont été évacués par la force. La protestation a pris d'autres formes, notamment avec ces forums qui veulent «revivifier l'esprit de Gezi». Le mouvement a essaimé dans toute la mégalopole du Bosphor

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