Melody a tout perdu. Son époux, sa maison, sa terre natale. Il ne lui reste que ses convictions. Agée d'une quarantaine d'années, cette paysanne au visage fatigué vivait dans un petit village rural, à 150 kilomètres à l'est de la capitale, Harare. Puis vint l'élection de 2008 et l'escalade de violence entre les deux tours du scrutin, visant à mater l'opposition politique. Une nuit, au mois d'avril, une bande de quelques centaines de jeunes fait irruption dans le village. «Ils ont rassemblé tous ceux qu'ils soupçonnaient de voter MDC [Mouvement pour le changement démocratique, le parti de l'opposant Morgan Tsvangirai, ndlr].Nous avons été insultés, battus, torturés», raconte-t-elle. Le lendemain, son mari va porter plainte auprès de la police. «C'est après ça que les milices de la Zanu-PF [le parti du président, Robert Mugabe] l'ont enlevé et battu à coups de barre de fer. Il avait les os brisés et a dû être emmené à l'hôpital. Il n'en est jamais sorti», raconte la femme. Quelques mois plus tard, il succombe à ses blessures. Aucune condamnation n'a été prononcée contre les agresseurs.
Chaos. Dans l'Etat de non-droit qu'est devenu le Zimbabwe, aucun recours n'est possible pour les victimes. La maison familiale a été brûlée et Melody a dû se réfugier à Harare avec ses six enfants. Comme dans beaucoup de familles zimbabwéennes, son père, ainsi que son mari, ont combattu aux côtés de la Zanu-PF pendant la guerre d'Indépendanc




