Il y a chez le nouveau président élu, à une large majorité selon les estimations données mardi, une puissance d’envoûtement. Son adversaire, l’ex-ministre des Finances Soumaïla Cissé, a reconnu sa défaite et est venu le féliciter en famille, sans attendre les résultats officiels. François Hollande a transmis par téléphone ses félicitations.
Ibrahim Boubacar Keïta, dit «IBK» ? Un crocodile de terre cuite. La mise est extrêmement soignée, une allure de notaire, les yeux mi-clos, l'homme derrière sa carapace attendait les questions de Libération, fin juin. Pour être franc, au début, il a fallu y aller avec une fourchette à escargots. Ensuite, tout ne fut qu'onctuosité pateline, politesse cardinalice et petites colères feintes. Qui peut résister à un homme qui évoque Stendhal et demande qu'on emporte ses quatre téléphones «pour ne pas être dérangé quand on parle littérature» ?
Fin juin donc, celui qui passait déjà pour le grand favori recevait dans le bureau de sa résidence privée de Bamako, gardée par un homme au cou de lutteur armé d'un automatique, les solliciteurs et les journalistes. Sa résidence privée ? Une maison de maître entourée de bougainvilliers, une pièce d'eau, une cabane polynésienne, un cygne, quatre voitures, trois chats et des abeilles qui bourdonnent autour des rosiers. Le visiteur patiente sous les commandements du nouveau président inspirés du Coran. «A faire et à ne pas faire», peut-on lire dans un encadrement en bois précieux sous




