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Reportage

«Encaisser et se taire, c’est la vie d’un copte égyptien»

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Le 14 août, jour du massacre des islamistes par l’armée au Caire, les Frères musulmans incendiaient les bâtiments chrétiens de la ville d’Al-Minya.

ParJean-Louis Le Touzet
Envoyé spécial à Al-Minya (Egypte)
Publié le 28/08/2013 à 20h56

Le Nil mouille Al-Minya sur la route d’Assiout, à 330 km au sud du Caire. La ville d’environ un million d’habitants semble posée sur un gril. Pas d’ombre, hormis celle portée par les platanes à peau de panthère le long du fleuve. Ici, deux bateaux-restaurants sont partis en fumée le 14 août, jour de l’attaque concertée contre les symboles et biens coptes dans ce gouvernorat de presque 5 millions d’habitants où vivraient un peu plus de 2 millions de chrétiens.

Des bateaux, il ne reste que leur poupe en forme de nez grec noirci par la suie, mais ils flottent encore. Ils appartiennent à deux coptes. Le feu les a ravagés. Deux employés chrétien et musulman ont péri brûlés vif. Le propriétaire du Mermaid ne veut pas donner son nom : «C'est incompréhensible : 75 % de mon personnel est musulman, j'ai une salle de prière pour les employés musulmans et je ne vends pas d'alcool à bord. Ce bateau, c'était le symbole de mon pays, et ce sont les Frères [musulmans] qui y ont mis le feu. Ils ont brûlé deux bateaux coptes, mais épargné les six bateaux des musulmans.» Il rajoute : «On veut nous faire partir, mais moi, je ne m'en irai pas. Ceux qui sont partis ces dernières années ont affaibli la communauté copte et l'Egypte. Pas question que j'aille au Canada ou ailleurs.»

Peau de python. Ce douloureux été est-il le prélude d'un hiver terrible pour les chrétiens d'Al-Minya ? Le 14 août, peu après 13 heures, quatre églises ou écol

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