Ne pas croire qu'à ne pas s'évoquer ici, l'Orient proche ou moyen nous soit sorti de la tête, fût-ce même en raison de sa légendaire complexité. Non. Le devenir du «printemps arabe», le processus somme toute «normal» des révolutions et contre-révolutions dont l'Egypte offrit cet été un modèle exemplaire, avec ses soudards putschistes déposant ses barbus élus, s'appréciera sur un long terme. Patience, donc… Mais la Syrie, dans ce dispositif ? La Syrie, c'est «juste» trop compliqué.
Après trente mois de massacres plus ou moins confessionnels et plus de 100 000 victimes identifiées (les autres ne sont pas comptabilisées), la question se pose moins de l’ampleur du désastre que de notre accoutumance au désastre. Certes, nous sommes indignés. Combien de fois au juste, depuis la mi-mars 2011 que commencèrent les affrontements entre le sinistre Bachar al-Assad et sa printanière opposition, avons-nous été indignés ? Mais de bombardements de masse en tortures industrielles, de massacres de femmes, d’enfants et de vieillards privés de tout sous les ruines d’hôpitaux d’infortune, nos indignations, ponctuellement entrecoupées de diplomatiques résignations, s’épuisèrent. Cette schizophrénie, cette cyclothymie, c’est notre lot, désormais, sur des charniers multiples.
Ces meurtres de masse qui en promettent toujours plus, par capillarité, en quelque sorte, nous n'en pouvions plus. Pour ne pas sembler entériner la banalisation de la barbarie, il fallait dire quelque chose, sans quoi l




