Genève est une date. L’accord que les Etats-Unis et la Russie y ont conclu, samedi, sur la destruction des armes chimiques syriennes est l’un de ces grands moments politiques qui viennent, à intervalles réguliers, modifier la donne internationale.
Premier changement, la vélocité dont la diplomatie russe a soudain fait preuve dans cette crise marque une volonté du Kremlin de redevenir un acteur mondial en jouant la carte du dialogue bilatéral avec Washington. C’est un tournant qu’ont pris là Vladimir Poutine et son ministre des Affaires étrangères qui auraient parfaitement pu faire un tout autre choix.
Ils auraient pu ignorer la perche que Barack Obama et John Kerry leur avaient tendue en suggérant que, si la Russie appelait la Syrie à renoncer à ses gaz de combat, elle opérerait une percée diplomatique. L’idée étant venue de Washington, Moscou aurait pu considérer que la Maison Blanche était aux abois et qu’il n’y avait pas de raison de l’aider à se sortir d’une mauvaise passe.
Vladimir Poutine aurait pu se dire qu’il avait plus à gagner à laisser le président des Etats-Unis s’essouffler dans sa tentative d’arracher au Congrès un feu vert à des frappes que l’opinion américaine rejetait massivement. La Russie aurait pu essayer d’humilier l’Amérique en donnant à voir ses divisions, sa tentation isolationniste et l’affaiblissement de son président.
C’est sans doute ce qu’elle aurait fait il y a quelques mois encore mais, outre qu’en ignorant cette perche, elle aurait pris le risque




