A écouter ses leaders politiques, on croirait qu'une catastrophe de plus est sur le point d'ébranler la Bosnie-Herzégovine. «Nouveau génocide», «complot», «nous allons disparaître», telles sont les expressions les plus entendues au cours des dernières semaines dans ce pays où s'est ouvert hier, non pas un scrutin électoral, mais un recensement de la population. Le premier depuis la guerre de 1992-1995 qui fit 100 000 morts et déplaça un habitant sur deux.
Ce décompte, qui durera jusqu’au 15 octobre, a une valeur très politique puisque, depuis les accords de paix de Dayton de décembre 1995, l’organisation institutionnelle de l’Etat est basée sur les divisions ethniques. Pour les Bosniaques, les Croates et les Serbes, il ne s’agit donc pas tant de savoir combien de maisons, combien de voitures, où combien d’agriculteurs compte leur pays, mais combien ils sont, eux, et surtout, combien ils sont les uns par rapport aux autres.
Ébullition. La Bosnie-Herzégovine est la dernière des ex-Républiques yougoslaves à compter sa population. Le recensement précédent s'y est tenu en 1991, comme dans le reste de l'ex-Yougoslavie. A cette époque, la Bosnie-Herzégovine comprenait 4,4 millions d'habitants, dont 43,5% de Musulmans (terme désignant alors les citoyens de confession islamique qui ont pris le nom de Bosniaques à la fin de la guerre), 31,2% de Serbes et 17,4% de Croates. La publication de ces chiffres, qui montraient une




