Thomas Gomart est directeur du développement stratégique à l’Institut français des relations Internationales (Ifri). Il dirige également le centre Russie-NEI dans cette même enceinte.
L’expulsion de Khodorkovski, qui rappelle celle de Soljenitsyne (l’auteur de l’Archipel du goulag) en 1974, marque-t-elle la peur du régime ?
La comparaison est trompeuse. On a tendance aujourd’hui à embellir le parcours de Mikhaïl Khodorkovski parce que son incarcération symbolise depuis dix ans l’arbitraire du régime. Mais il faut aussi se souvenir du début de sa trajectoire. Comme d’autres oligarques de l’époque Eltsine, il est un prédateur qui a profité du chaos du système pour créer en une dizaine d’années un groupe énergétique d’envergure internationale - Ioukos - jusqu’au moment où, au sommet de sa puissance en 2003, il a défié le pouvoir de Vladimir Poutine, alors encore chancelant. A défaut de pouvoir supprimer le poids économique des oligarques, ce dernier voulait casser leur influence politique. L’arrestation de Khodorkovski a marqué le tournant du régime vers l’autoritarisme et l’arbitraire. La détention de Khodorkovski a en même temps donné à ce dernier une réelle aura car, à la différence d’autres oligarques - comme Boris Berezovski - il s’est refusé à quitter la Russie alors qu’il le pouvait. En le contraignant à l’exil, le pouvoir espère écorner cette image.
Pourquoi le pouvoir a-t-il décidé de le libérer ?
Dans cette affaire, Vladimir Poutine a encore une fois montré son sens tactique et son art à prendre ses adversaires à contre-pied. Personne ne s'attendait à une telle décision, ni à ce qu'elle soit mise en œuvre aussi rapidement. Plusieurs éléments expliquent ce co




