Il y a quelques mois, l’islamisme dit «modéré» semblait encore avoir le vent en poupe. En Egypte, le parti issu des Frères musulmans avait triomphé lors des premières élections libres. Idem en Tunisie pour Ennahda, qui se réfère au modèle turc de l’AKP et prétend combiner islam, libéralisme économique et démocratie. Puis, tout a basculé. Cela a commencé à Istanbul, fin mai, avec la révolte des jeunes de la place Taksim contestant l’autoritarisme de Recep Tayyip Erdogan. Les manifestations ont mobilisé pendant trois semaines 2,5 millions de personnes.
Fin juin, 15 millions d’Egyptiens qui avaient signé la pétition Tamarod («rébellion») contre l’obscurantisme et l’incompétence des Frères musulmans au pouvoir occupaient la rue et la place Tahrir au Caire. L’armée qui tirait les ficelles de cette deuxième révolution obligea le président Morsi, élu un an plus tôt, à démissionner, et commença, sous la direction du nouvel homme fort du pays, le général Al-Sissi, la traque des islamistes dont les mouvements de protestation furent implacablement écrasés dans le sang.
En Tunisie, le rejet d'Ennadha avait démarré dès le debut de l'année et s'était amplifié avec les assassinats de deux figures de la gauche radicale (photo) par les jihadistes. Le bras de fer politique dura des mois, l'UGTT, la toute-puissante confédération syndicale, mit tout son poids dans la balance, contraignant finalement, là aussi, le Premier ministre à démissionner et Ennahda à s'engager sur un calendrier él




