Il clame être «la véritable cible de toute cette opération». Si Recep Tayyip Erdogan est fragilisé par l'affaire de corruption qui éclabousse les hautes sphères de son parti, l'AKP, il n'est pas menacé, du moins à court terme, car il peut compter sur une consistante majorité au Parlement malgré la défection d'une demi-douzaine de députés, dont deux ex-ministres. Le symbole que représentait le parti islamo-conservateur n'en est pas moins sérieusement écorné par cette nouvelle crise, six mois après les manifestations du printemps contre l'autoritarisme excessif du Premier ministre qui avaient mobilisé 2,5 millions de protestataires en trois semaines.
Mêlant islam et démocratie, dynamisme économique et rayonnement régional, le «modèle turc», ou prétendu tel, a assuré à l'AKP et à son leader charismatique des victoires de plus en plus amples dans sept scrutins successifs (législatives, municipales, référendum) depuis 2002. «Le modèle turc s'est politiquement construit autour de la personne d'Erdogan, qui joue sur la fibre "moi ou le chaos", et cela accroît encore la crise», analyse Jean Marcou, professeur à l'IEP de Grenoble et fondateur du site Ovipot sur la vie politique turque. Or, les trois piliers de ce modèle turc sont désormais ébranlés.
Isolé. Saluée ces dernières années comme une puissance régionale émergente, admirée voire enviée par ses voisins pour son soft power, la Turquie est aujourd'hui à nouveau très




