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«Si je rentre chez moi, je serai tuée»

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Des centaines de milliers de Sud-Soudanais ayant fui les combats en province ou dans les rues de la capitale, Juba, se sont réfugiés dans des camps ou tentent de quitter le pays.

Un camp des Nations unies à Juba, mardi. Plus de 20 000 personnes s'y sont réfugiées depuis les combats du 15 décembre. (Photo James Akena. Reuters)
ParPatricia Huon
Envoyée spéciale à Juba (Sud-Soudan)
Publié le 08/01/2014 à 19h56, mis à jour le 12/01/2014 à 12h29

Son regard scrute nerveusement les alentours, alors qu'il ouvre le cadenas posé sur la porte de sa maison. Sur celle-ci, un autocollant avec le drapeau du Soudan du Sud et ces simples mots : «Symbole de la liberté». Pour David Pou, cette liberté dont il avait rêvé face à l'oppression de Khartoum, apparaît aujourd'hui comme un bien vague concept. Cet étudiant de 22 ans n'est pas revenu chez lui depuis une dizaine de jours. «J'essaie de passer de temps en temps pour m'assurer que rien n'a été volé, dit-il. Mais la dernière fois, des soldats m'ont intercepté sur la route. Agressifs, ils m'ont demandé où j'allais et m'ont dit que je n'avais rien à faire ici.»

Dans sa petite maison de béton, des livres sont posés sur le bureau, un dictionnaire d'anglais est resté ouvert, les lits sont défaits. Dans certains quartiers de Juba, la capitale sud-soudanaise, la plupart des maisons ont été désertées par leurs habitants. Ils ont fui les combats qui, mi-décembre, ont opposé différentes factions de l'armée sud-soudanaise, lorsque le président Salva Kiir a accusé son ancien vice-président - et actuel chef de la rébellion -, Riek Machar, d'avoir fomenté un coup d'Etat. La nuit du 15 décembre, David Pou a vu plusieurs de ses voisins tomber sous les balles et a fui précipitamment. «J'ai cru que j'allais mourir. Avec mon frère, nous avons ramassé quelques affaires, et nous avons couru jusqu'à la base des Nations unies», raconte-t-il.

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