Eclaboussé par un vaste scandale de corruption et embourbé dans une politique aventuriste en Syrie, jamais le Premier ministre islamo-conservateur turc, Recep Tayyip Erdogan, n'a été aussi affaibli et isolé diplomatiquement depuis son arrivée au pouvoir, en novembre 2002. La visite à Bruxelles mardi du leader charismatique de l'AKP (le Parti de la justice et du développement) comme l'ouverture mercredi à Montreux, en Suisse, de la conférence sur la Syrie (lire page 11) illustrent l'effondrement de la crédibilité d'un pays qui, il y a encore quelques mois, faisait figure de modèle combinant islam, démocratie et croissance économique. «Il y a l'urgence de la question morale, mais c'est désormais l'Etat de droit lui-même qui est en danger», s'indigne Haluk Ozdalga, vice-président de la commission parlementaire UE-Turquie, qui a démissionné avec fracas de l'AKP, indigné de la dérive autoritaire d'Erdogan (lire ci-contre).
Les tentatives du Premier ministre de remettre sous tutelle le Haut Conseil des juges et des procureurs - devenu réellement indépendant après 2010 - pour se protéger des enquêtes anticorruption inquiètent aussi bien l'opposition turque que ses partenaires européens. Le commissaire à l'Elargissement, Stefan Füle, affirme ainsi clairement que cette question représente un test «du sérieux» d'Erdogan dans sa volonté d'ancrer son pays dans l'Europe. Elle pèsera lourd dans le voyage à Bruxelles, le premier depuis cinq ans, qui était




