Une fois n'est pas coutume, Manuel Valls a raison de comparer la mobilisation conservatrice française à son homologue états-unienne. De jours de colère en manifestations pour tous, de bonnets rouges en provocations médiatiques, les signes sont multiples d'un mouvement social en gestation au sein de la société française. En France, comme aux Etats-Unis, la périurbanisation, l'individualisation de nos vies quotidiennes et les transformations du capitalisme servent de paysage à un engagement militant pour défendre les transcendances traditionnelles. Le paradoxe suscite l'amusement, voire le mépris. Au début des années 60, Bob Dylan dans sa célèbre chanson, Talkin' John Birch Paranoid Blues, se moquait déjà de la paranoïa de ces agités du bocal qui voyaient des communistes partout et se lamentaient des menaces qui pesaient sur la famille aux Etats-Unis. Les moqueries sur ces bonnes familles d'Auteuil, Neuilly et Passy, qui lèvent le poing pour hurler leur colère, disent au-delà des bons mots la difficulté à comprendre cet oxymore : une contestation conservatrice. Les sarcasmes chassent malheureusement l'ombre pour la proie.
En France, comme aux Etats-Unis, il convient, à l’inverse, de prendre très au sérieux ces manifestants qui arpentent le pays depuis plusieurs mois. A une époque de délitement du paysage intellectuel et d’impuissance du politique, le Tea Party offre une vision certes irrationnelle mais cohérente du monde dans des sociétés fortement déboussolées. Pour c




