Il y a longtemps que les historiens ont réduit en poussière les mythes triomphants du Grand Bond en avant (1958-60) et de la Révolution culturelle (1966-1976). Le premier épisode, d'une barbarie sans nom, s'est soldé par la mort de faim d'environ 45 millions de Chinois, et le second par dix ans de destructions du patrimoine, de terreur politique et d'abêtissement de la population. Restait ce que le régime présente comme un âge d'or : les six ou sept premières années du communisme. Elles s'étendent de la «libération», en 1949, jusqu'à l'envoi d'un demi-million de membres de l'intelligentsia au goulag, en 1957. Ce dernier pan de la grande illusion maoïste s'effondre pourtant lui aussi avec la publication de The Tragedy of Liberation, de l'historien Frank Dikötter. Ce livre bien documenté n'a hélas pas encore trouvé d'éditeur français.
«Le Parti communiste a baptisé "libération" sa victoire de 1949. Ce mot évoque des images de foule jubilante inondant les rues pour fêter une liberté retrouvée. Mais, en Chine, l'histoire de la libération et de la révolution qui a suivi, loin d'évoquer les notions de paix, de liberté et de justice, s'est traduite principalement par l'emploi de méthodes de terreur calculée, et par un usage systématique de la violence», note Dikötter en rappelant que la prise de pouvoir par les communistes ne fut pas le résultat de soulèvements populaires, mais d'une conquête militaire sans pitié. Ainsi, le siège de Changchun par les troupes commun




