D’une voix rendue rocailleuse par le manque de sommeil, le jeune homme lit tout haut sur son ordinateur les dernières nouvelles de Crimée, envahie par l’armée russe, avant d’annoncer qu’il cède son micro à l’équipe de jour. Il se tient sur l’estrade dressée au centre de Kiev sur Maidan (la place) au début du mois de novembre par les opposants à un rapprochement de l’Ukraine avec la Russie. Une estrade que, malgré le succès de la révolution, nul ne songe à enlever… du moins pas avant la présidentielle du 25 mai. Il y a peu d’auditeurs sous la tribune. Mais ils sont beaucoup à passer là quelques minutes, le temps de déposer des fleurs en hommage aux victimes de février.
Monument. Lieu d'effervescence politique pendant trois mois et de combats sanglants pendant les jours décisifs qui ont débouché sur la destitution du président prorusse Viktor Ianoukovitch, Maidan tient aujourd'hui du monument aux morts, de Hyde Park, de la cour des miracles, du camp cosaque et du dernier carré des inconditionnels de la révolution. Vendredi après-midi, un sculpteur anonyme achevait sa statue sur bois du poète national ukrainien Taras Chevtchenko, dont Kiev fête ce mois-ci le 200e anniversaire de la naissance.
Les barricades qui avaient été élevées pour repousser les assauts de la police antiémeute, les Berkut, dissoute après la fuite de Ianoukovitch, sont devenues autant d'autels dressés dans un élan quasi religieux à la mémoire des 100 morts de la




