Nous en avons assez d’être des esclaves.» La pancarte traîne dans le lobby de ce qui fut le plus grand hôtel de Sarajevo, le Holiday Inn, devenu l’an dernier Olympic Holiday Sarajevo. Ses 140 salariés - femmes de ménage, barmen, cuisiniers et chefs de salle - occupent l’établissement depuis près d’un mois. Ils sont en grève. Et en rogne. Leur colère est l’écho de celle qui gronde depuis la mi-janvier dans les rues de la capitale bosniaque, ville en quasi-faillite dans un pays où un actif sur trois est au chômage. Leur histoire est le miroir de celle du pays, passé en trente ans du communisme titiste à l’indépendance et à la guerre, suivie d’une plongée dans une lente décrépitude sur fond de corruption et de privatisations sauvages. Trente ans, c’est précisément l’âge de ce que fut «leur» hôtel.
De l’autogestion à l’actionnariat
Grand cube jaune d'une dizaine d'étages, le Holiday Inn est situé en plein centre de la ville moderne, juste en face du Parlement et du siège du gouvernement, sur la célèbre avenue qui devait recevoir le surnom de Sniper Alley pendant la guerre. Il fut ouvert en 1983 pour accueillir, l'année suivante, le gratin venu assister aux Jeux olympiques d'hiver dans la Yougoslavie de Tito. Pour ces Jeux, dont le dirigeant communiste aurait arraché la promesse au président du Comité international olympique - le franquiste Juan Antonio Samaranch - lors d'une partie de chasse à l'ours, tout devait être impeccable. L'établissement et le personnel sont formés dans les meilleures é




