Devant un mur décoré de personnages Disney, Thando se tortille sur sa chaise et tire sur la jupe bleu marine de son uniforme scolaire. La petite fille de 9 ans attend sa consultation hebdomadaire avec un psychologue de la clinique Teddy Bear, située à Soweto, dans la banlieue de Johannesburg, qui s’occupe des enfants victimes de violences sexuelles. Selon les statistiques de la police, environ 25 000 mineurs sont violés chaque année en Afrique du Sud, près de 70 par jour. Un chiffre trois fois plus élevé qu’en Inde, un autre pays émergent avec un problème aigu de violences sexuelles. Selon les associations, les victimes seraient encore plus nombreuses, car la majorité d’entre elles n’osent pas dénoncer leurs agresseurs.
Cheveux courts, regard fuyant, gestes mal assurés, Thando semble se demander ce qu'elle fait là. Les consultations visent à l'aider à surmonter le traumatisme du viol subi l'an dernier, mais aussi à parler de ce qui s'est exactement passé puisque la clinique est habilitée à recueillir des éléments médico-légaux qui pourront être utilisés au procès. Le mois prochain, son agresseur, un homme de 38 ans, passera devant la cour, et chaque détail comptera. «Il m'a emmenée chez lui et m'a dit que je devais coucher avec lui, comme sa petite amie», lâche la gamine, la respiration qui s'accélère. Les mots, répétés maintes et maintes fois, à la police, aux assistants sociaux, sortent comme automatiquement. «Quand il a terminé, il m'a ordonné de ne rien dire




