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Libération
Reportage

En Algérie, «on attend tous quelque chose»

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D’Alger à Constantine en passant par Oran, «Libération» a rencontré partisans du pouvoir, membres de l’opposition, jeunes et représentants de la société civile, dans une Algérie divisée à quelques jours d’une élection présidentielle qui ne peut que reconduire Abdelaziz Bouteflika.

Un homme passe devant des affiches électorales du président sortant Abdelaziz Bouteflika, à Ain Ouassara, jeudi. (Photo Louafi Larbi. Reuters)
Publié le 11/04/2014 à 20h06

Alger, train de 8 heures pour Oran et c'est parti pour quatre heures dans une cité roulante. Dans le wagon de première, un homme s'assoit, la petite quarantaine. Veste de bonne coupe, il se met à maugréer en sortant un mouchoir en papier pour nettoyer un fauteuil en skaï couleur caca d'oie : «C'est toujours la même histoire dans ce pays, il n'y a personne qui veut faire le ménage, même au sommet de l'Etat ! Tout le monde veut faire du business. Mais nettoyer un train c'est aussi faire du business, non ?»

Une dame, à côté de lui, foulard sur la tête, la petite soixantaine, lit un polar d'Exbrayat, parle en arabe à ses petits enfants qui se chamaillent pour une histoire de crayons de couleur, lève la tête et dit en français : «Je ne sais pas ce qui se passe en Algérie mais plus les gens s'enrichissent plus ce pays est sale.» Ce toubib emprunte cette ligne une fois par semaine pour assurer ses consultations en gériatrie. Il a fait sa médecine en France puis est revenu s'installer à Alger. Il lit El Watan, qu'il referme en chuchotant : «Je ne comprends pas mon pays : un homme qui n'a pas son libre arbitre se représente et des hommes qu'il a mis sur la touche et humiliés reviennent faire campagne pour la reconduction de cet impotent qui ne pourra pas voter sans être soutenu jusqu'à l'urne.»

Un homme de service pousse un chariot et propose du café et du thé. Echange en arabe. Le toubib : «Vous avez du café ?» Le type : «Oui, mais je n

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