Tandis que les incidents armés se multiplient dans les villages près de Donetsk, la ville d'un million d'habitants, joliment rénovée pour l'Euro de football 2012, vit, elle, une étrange paix. Les autobus fonctionnent, les voitures s'arrêtent aux feux rouges, les salariés se rendent au travail à l'heure, les cafés installent leurs terrasses et les magasins ouvrent jusqu'à tard le soir. Tout semble donc normal… à un détail près. «Vous cherchez la mairie ? Allez tout droit, puis contournez la révolution…» s'esclaffe le policier à qui on demande notre chemin.
La «révolution» en question, c'est l'attroupement qui se forme chaque jour - et grossit chaque week-end et jour férié - autour de l'ancien immeuble de l'OGA, l'administration régionale d'Etat, occupé depuis deux semaines par un conglomérat de séparatistes et de pro-Russes qui ont proclamé, le 7 avril, une «république de Donetsk» et promettent d'organiser le 11 mai un référendum sur l'indépendance de la région, forte de 4,3 millions d'habitants. Autour du bâtiment de onze étages, il y a rarement plus de quelques dizaines de personnes, des curieux, venus seuls ou en famille, ainsi que des vieux mineurs et des métallos qui y hument l'air de leur jeunesse au son de chansons russes traditionnelles ou rétro, comme «Je suis né en Union soviétique / Je suis un produit made in URSS / La Biélorussie, c'est mon pays / Le Kazakhstan, c'est mon pays…»
Trop vite.




