«Ne soyez pas du bétail électoral.» Desmond Tutu, lauréat du prix Nobel de la paix et figure historique de la lutte anti-apartheid, n'a pas mâché ses mots. «Le cœur lourd», deux semaines avant les élections, l'archevêque octogénaire a dit qu'il ne voterait pas pour le Congrès national africain (ANC) et a encouragé les électeurs à «réfléchir» plutôt que donner automatiquement leur voix au parti au pouvoir.
Les Sud-Africains se rendent aux urnes aujourd'hui pour élire leurs représentants nationaux et provinciaux. L'ANC demeure hégémonique grâce à la fidélité infaillible de sa base électorale. Mais le parti est de plus en plus critiqué, y compris dans ses rangs. Les attentes étaient immenses et les déceptions le sont tout autant, après deux décennies de démocratie. Le président Jacob Zuma met en avant des chiffres pour défendre son bilan : des millions de logements construits et de foyers raccordés à l'eau et l'électricité, une classe moyenne noire qui grandit… «Nous avons fait de l'Afrique du Sud un meilleur endroit pour vivre», clame-t-il. Mais la croissance stagne, le chômage (près de 25%) est endémique, le système éducatif est défaillant et près de la moitié de la population vit toujours dans la misère. Parmi les plus pauvres, beaucoup se sentent exclus du «miracle sud-africain». Ces dernières années, les manifestations dans les townships, ces banlieues noires héritées de l'époque de la ségrégation, se s




