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Fabrice Epstein. Avocat du doute

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Ce descendant de rescapés de la Shoah a défendu le premier officier rwandais jugé en France pour son rôle dans le génocide.

L'avocat Fabrice Epstein à Paris le 29 mai. (Photo Bruno Charoy)
Publié le 04/06/2014 à 18h06

Le premier à appeler fut un oncle d'Amérique encore sous le coup de la surprise. Dans le New York Times, le nom de son neveu était cité comme l'un des avocats du premier officier rwandais jugé en France pour sa participation au génocide. Puis arrivèrent les mails d'une tante de Tel-Aviv. Elle lui demandait «si, franchement, [il] ne se sentirait pas mieux du côté des parties civiles et des victimes». Quand il dînait chez ses parents, l'ambiance devenait électrique. «Tu aurais défendu Eichmann ?»lui demanda un soir son père. Fabrice Epstein lui répondit qu'il l'aurait fait même s'il pense que le maître d'œuvre de la machine d'extermination nazie est indéfendable. Mais parce que c'est le rôle d'un avocat.

La mémoire de la Shoah a hanté l'enfance de ce petit-fils de rescapé et il ne s'en cache pas. «Je baigne dans cette histoire depuis l'âge de 10 ans. Les premiers livres que j'ai lus sont ceux d'Elie Wiesel et de Primo Levi», reconnaissait-il lors de sa plaidoirie en mars devant la cour d'assises. Mais il demandait aux jurés de faire le vide en eux, de se libérer de leurs a priori, pour regarder les faits et rien que les faits, comme lui l'a fait pour défendre Pascal Simbikangwa.

Son client a écopé, néanmoins, de vingt-cinq ans de prison. L'avocat général demandait la perpétuité pour cet ancien officier en chaise roulante depuis un accident de voiture en 1986. L'accusation voyait en lui, non seulement «un complice», mais aussi «un

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