«Vous être Français, monsieur ? Vous pouvez dire à Platini qu'il aille se faire foutre !» Luis a 60 ans, un rire franc, de larges épaules et, en ce début de soirée, un petit coup dans le nez. «Nous ne sommes pas des enfants, ce n'est pas à lui de nous dire ce qu'on doit faire», grogne-t-il, dans un nuage de postillons. Cet habitant de la Rocinha, la plus grande favela de Rio de Janeiro, n'a pas digéré les propos condescendants du président de l'UEFA qui, en avril, avait déclaré : «Faites un effort pendant un mois, calmez-vous. Il faut dire aux Brésiliens qu'ils ont la Coupe du monde et qu'ils sont là pour montrer la beauté de leur pays et leur passion pour leur football. S'ils peuvent attendre au moins un mois avant de faire des éclats sociaux, ça serait bien pour l'ensemble du Brésil et la planète football.»
Luis ne sait pas encore s'il ira manifester pendant la compétition mais il s'est déjà mis en grève du zèle : «D'habitude, pendant les Coupes, c'est moi qui m'occupe des décorations dans le quartier. Cette année, je n'ai rien fait.» L'ex-joueur français n'est pas le seul à faire rougir de courroux Luis, qui égratigne à tour de rôle Pelé et Ronaldo, «les traîtres», ou «le pitre Neymar, qui ne pense qu'à l'argent». «Ces gens là n'ont rien à voir avec nous, ils gagnent des millions alors qu'on a à peine de quoi manger», renchérit-il, en évoquant, sourcil froncé, «la révolution» à venir.




