Le soleil pèse comme un sac de ciment sur les épaules. Pas un arbre, pas une touffe d'herbe, pas même l'illusion d'une ombre. Pas la moindre hauteur non plus dans cette plaine désespérément plate où brûlent, de loin en loin, les torchères des puits de pétrole. La fournaise n'empêche pas les peshmergas, des combattants jeunes, souriants et plutôt sympa, d'aller et venir tête nue le long de la ligne de front, constituée d'un vague remblai derrière lequel s'abrite un char employé comme pièce d'artillerie. Les islamistes sont à environ 2 kilomètres, de l'autre côté d'un pont au-dessus d'une rivière dont on ne sait si elle coule encore. Le quartier général du colonel Fatah est un cube en préfabriqué. Moustache à la Charlot, un peu grassouillet de par ses fonctions, il donne l'impression de sortir d'une certaine léthargie. C'est en parlant de stratégie qu'il s'anime un peu : «On n'est pas ici en situation d'attaque. On est venu pour défendre Kirkouk parce que l'armée irakienne a fui.»
Jérusalem. Kirkouk, grosse ville sale, sans caractère, urbanisée à outrance mais riche des champs de pétrole alentour, est à la fois multiethnique (Kurdes, Arabes, Turkmènes) et multiconfessionnelle (sunnites, chiites, chrétiens, zaïdites…). D'où des disputes violentes entre les uns et les autres. Mais pour les Kurdes, la cité est leur Jérusalem, celle qui rend possible l'indépendance du Kurdistan (lire page 8). Ils la disputent donc aux Arabes d




