Ce qui se joue aujourd'hui en Ukraine est bien la fin de la «convergence» entre Russie et Occident, observe Pavel Chinsky. Brillant intellectuel franco-russe, il dirige la chambre de commerce et d'industrie bilatérale et défend ce qui peut l'être encore de ce «modèle» russe.
Comment vous et les entrepreneurs franco-russes vivez cette escalade de tension et sanctions avec la Russie ? C’est la panique parmi vos membres ?
Les entreprises sont prises en otage par les politiques, nous ne pouvons que le déplorer. Mais il n’y a pas de raison de tomber dans le catastrophisme. Les Russes ont la peau dure, on a déjà vécu pas mal de crises ou d’inflation galopante. La situation était bien pire en 1998, quand Carrefour avait dû quitter le pays. Pour l’instant, les sanctions occidentales ne touchent aucun grand projet français en Russie : ni les usines d’Air Liquide, ni les actifs de Schneider Electric, ni les distributeurs comme Leroy-Merlin ou Decathlon. Le risque principal n’est pas à court, mais à moyen ou long terme. Les financements vont s’assécher et des décisions d’investissements ne sont pas prises.
Qu’en est-il de l’embargo russe sur tous les produits alimentaires occidentaux, quelle est sa gravité pour les exportateurs français ?
Il ne faut pas exagérer, la Russie n’est pas un marché central pour l’agriculture française. Des producteurs comme Danone ou Bonduelle ont déjà leurs usines en Russie et ne devraient donc pas être très touchés, sous réserve de quelques ingrédients importés qui entrent dans la composition de leurs produits et pourraient manquer. Mais, là encore, le risque est à plus long terme. Partout où ils le pourront, les Russes vont remplacer les importations occidentales par d’autres fournisseurs. Et une fois chassés des registres d




