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Interview

Andreï Piontkovski «Vladimir Poutine a besoin de dominer l’Ukraine ou de la démanteler»

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L’opposant Andreï Piontkovski analyse la stratégie du président russe.

Le président Russe Vladimir Poutine le 29 août à Seliger Lake (Russie). (Photo Mikhail Klimentyev. AFP)
Publié le 02/09/2014 à 19h36

L'aventure ukrainienne de Vladimir Poutine pourrait mener jusqu'à un bras de fer nucléaire… ou une chute du régime, décrypte depuis Moscou l'analyste Andreï Piontkovski, qui a consacré tout un livre à «l'âme de Poutine» (Another Look into Putin's Soul, 2006, traduit en anglais).

Jusqu’où Poutine est-il prêt à aller en Ukraine ?

Son premier et principal objectif est de casser la marche de l'Ukraine vers l'Europe. Un régime démocratique et transparent en Ukraine serait un exemple pour la société russe. Ce serait beaucoup trop dangereux pour le régime cleptocrate qui sévit en Russie. Poutine a besoin soit de dominer l'Ukraine, politiquement et économiquement, soit de la démanteler. En mars, déjà, il a énoncé son projet dans un discours en Crimée où il parlait du «Russki Mir», le «monde russe» [qui dépasse largement les frontières actuelles de la Russie pour lui rattacher toutes les populations russophones, ndlr]. Mais son projet a aussi évolué au fil des mois : en Ukraine, deux régions seulement, celles de Donetsk et de Lougansk, ont manifesté un certain soutien à ce «monde russe». Poutine ne veut d'ailleurs pas annexer ces régions, il a plutôt besoin d'elles à l'intérieur de l'Ukraine. Son objectif n'est pas Donetsk ou Lougansk, mais Kiev. Il veut utiliser ces régions à l'intérieur de l'Ukraine, comme une tumeur pour déstabiliser l'Ukraine, de même que la Transnistrie sert à déstabiliser la Moldavie ou l'Ossétie et l'Abkhazie à déstabiliser la Géorgie.

Ne veut-il pas s’approprier un corridor en Ukraine, pour relier la Crimée à la Russie ou même aller jusqu’à la Transnistrie ?

Poutine songe certainement à ce corridor

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