La canonnade a réveillé une bonne partie de la population de Marioupol dès 6 heures du matin. Cette fois, ça y est, c'est la guerre, se sont dit les habitants. D'un bout à l'autre de la ville, on ne parle plus que de cela. «Ça se passe à Vostotchni [le quartier est de la ville, ndlr]»; «Non c'est à Stari Krim» ; «A l'ouest aussi, ça tire», échangent par téléphone les gens de ce grand port de la mer d'Azov. Le bruit enfle. La rumeur est reine. La peur avec.
A Slobodka, un quartier ouvrier de la rive droite, en bord de mer, Kiril, un ouvrier d'Azovstal, le grand combinat métallurgique qui fait vivre une bonne partie de cette ville d'un demi-million d'habitants, et sa femme Elena, tous deux âgés de 31 ans, ont d'abord choisi de ne pas emmener la petite Varvara à la crèche. Deux heures plus tard, ils ont aussi décidé d'aller chercher leur fils Zakhar à l'école du quartier. «On ne sait pas qui tire sur qui, disent-ils. Mais on ne veut pas que nos enfants soient bombardés. On est pour la paix et pour personne.»
Ce refus de choisir entre les loyalistes, fidèles à l’Ukraine unie, et les rebelles prorusses de la DNR (la république autoproclamée de Donetsk) est très fréquent à Marioupol comme dans toute la région de Donetsk, dans laquelle se trouve le grand port russophone. Si les pro-ukrainiens sont très actifs, et très visibles, enchaînant manifestation sur manifestation et organisant l’aide aux soldats dans les tranchées, les prorusses évi




