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A Donetsk : «Comment allons-nous survivre ?»

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Alors que le cessez-le-feu entre Kiev et les séparatistes reste précaire dans l’est de l’Ukraine, les habitants s’inquiètent du non-paiement des retraites, du manque de vivres et de l’approche de l’hiver.

Une maison bombardée, à Donetsk, le 7 octobre. (Photo Shamil Zhumatov. Reuters)
ParLaurent GESLIN
Envoyé spécial à Donetsk
Publié le 07/10/2014 à 18h46

«Venez devant l'estrade, que tout le monde vous entende.»L'homme s'avance, la démarche hésitante, les yeux rivés vers le sol. Malgré les apparences, la centaine de personnes réunies dans la salle d'audience du tribunal de Donetsk n'assistent pas à un procès, mais à la première conférence d'Alekseï Krasilnikov, le tout nouveau «ministre de l'agriculture» de la «république populaire» (DNR). «Je voulais savoir, certaines rumeurs affirment que les exploitations agricoles vont être nationalisées, bafouille le paysan, et comment faire pour les prêts que nous avons contractés auprès des banques ukrainiennes ?»

Un murmure se répand dans la salle, des mains se lèvent pour de nouvelles questions, le «ministre» s'est renversé sur sa chaise pour laisser passer l'orage. «La DNR est la république du peuple, l'activité économique doit profiter au peuple, lâche-t-il. L'Etat va prendre le contrôle de la majorité des grands groupes, les dirigeants seront nommés par le gouvernement. Ou peut-être que les sociétés qui collaboreront seront exemptées de taxes. Oui, c'est cela, nous sommes contre les taxes.» Les dirigeants de la DNR, qui a officiellement déclaré son indépendance le 7 avril, essaient de présenter le visage d'un Etat efficace et légitime, mais ce dernier ressemble surtout à un clan se répartissant d'avance les futures prébendes. De fait, c'est la peur plus que le respect qui force les agriculteurs du Donbass au silence. «Rappelez-vous,

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