Ce fut une nuit de sang dans tout le Sud-Est anatolien, peuplé en majorité de Kurdes, mais aussi à Istanbul et Ankara. Au moins 16 personnes ont été tuées par balle et plusieurs dizaines d'autres blessées dans la répression des manifestations. La chute imminente de Kobané, la ville symbole de la résistance kurde syrienne, encerclée par les jihadistes de l'Etat islamique alors que l'armée turque de l'autre côté de la frontière reste l'arme au pied, a rallumé la colère des 15 millions de Kurdes de Turquie. Pour la première fois depuis plus de vingt ans, les autorités ont été contraintes d'imposer un strict couvre-feu dans six départements de la région. Les écoles sont fermées et des vols annulés. Toute la nuit, canons d'eau, gaz lacrymogène et matraques ont tenté de briser les marches de protestation. Dans les villes de l'Ouest, des locaux du Parti de la démocratie des peuples (le HDP, pro-kurde, possède 27 sièges au Parlement sur 550) ont été attaqués et incendiés par des militants ultranationalistes armés de barres de fer et brandissant le drapeau turc. «Ces milices d'extrême droite et racistes sont le fruit de la radicalisation de l'opinion nationaliste et islamiste turque et elles interviennent de plus en plus souvent», s'inquiète Murat Belge, universitaire de renom et chroniqueur au journal Taraf.
Prendre la rue. Mercredi, le quotidien Posta, publié à plus de 400 000 exemplaires, titrait en une : «L'incen




