Ce devait être le projet du siècle, et l'arme suprême de Moscou pour ramener son petit frère rebelle à la raison : le South Stream, le gazoduc géant qui devait contourner l'Ukraine via la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie, est désormais mort et enterré. C'est Vladimir Poutine lui-même, en visite à Ankara, qui a prononcé l'oraison funèbre de ce projet pharaonique : «Si l'Europe ne veut pas de ce gazoduc, alors il ne sera pas construit.»
Qu’est-ce que le South Stream ?
C’est le pendant du Nord Stream, un gazoduc de contournement reliant la Russie à l’Allemagne via la Baltique, achevé en 2011-2012. Le South Stream, dont les travaux n’ont jamais réellement commencé hors de Russie, devait relier sur 3 600 km ce pays à la Bulgarie sous la mer Noire puis gagner la Serbie, la Hongrie ainsi que l’Italie, la Slovénie, l’Autriche et la Grèce. Cet investissement d’une valeur de 25 milliards d’euros devait transporter 63 milliards de mètres cubes de gaz par an en Europe occidentale (contre 55 milliards pour le Nord Stream qui ne fonctionne pas au maximum de ses capacités), soit 35% des livraisons de gaz russe à l’Europe. Ces deux gazoducs sont des armes politiques dont la construction a été décidée après la venue au pouvoir de pro-Occidentaux à Kiev. Moscou avait réagi à la victoire de la révolution orange de 2004 en coupant le gaz à Kiev. Il avait fallu près de huit ans de négociations avec tous les pays situés sur le tracé du South Stream po




