C'est un véritable tournant dans la guerre implacable que mène depuis un an le président turc islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan, contre la confrérie islamiste du prédicateur septuagénaire Fethullah Gülen. Réfugié en Pennsylvanie depuis 1999, l'homme fut longtemps son principal allié avant de devenir son adversaire le plus déterminé. L'opération qui s'est déroulée dimanche à l'aube simultanément dans 14 villes turques, mobilisant 8 000 policiers, a entraîné l'interpellation d'une trentaine de personnes, dont Ekrem Dumanli, rédacteur en chef de Zaman, premier quotidien du pays et fleuron de l'empire médiatique des «gulénistes», ainsi qu'Hidayet Karaca, directeur de Samanyolu, la principale télévision de la confrérie. Ils sont notamment accusés «d'avoir formé un groupe pour tenter de s'emparer de la souveraineté de l'Etat». Le président Erdogan avait menacé «d'aller traquer ce gang dans ses derniers repaires». Nul ne doute qu'il ne s'agit que d'un début.
Longtemps toute puissante dans la justice et la police, fer de lance ces dix dernières années de la remise au pas de l'armée et des opposants laïcs trop virulents - avec des procès en bonne part montés sur de fausses preuves -, la Cemaat (la «communauté»), comme on surnomme les gulénistes, avait fini par inquiéter l'AKP, le parti islamo-conservateur de Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2002. Les gulénistes avaient notamment lancé, le 17 décembre 2013, des opérations judiciaires a




