Julien Vercueil est maître de conférences en économie à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales). Il est l'auteur de Pays émergents. Brésil, Russie Inde, Chine… Mutations économiques et nouveaux défis (Bréal, 2012).
Comment analyser les déclarations de Poutine qui assure que la Russie renouera avec la croissance dans le pire des cas dans deux ans ?
Les conditions sont trop instables pour se hasarder à des prévisions de ce genre. Certes, l’économie russe a les moyens de rebondir. Le FMI ou encore la Banque mondiale prévoient une récession en 2015, mais laissent ouverte la possibilité d’une reprise en 2016. Mais si elle survient, elle sera progressive et dépendra de l’évolution des cours des matières premières et du retour des capitaux étrangers en Russie. Autre facteur-clé, l’incertitude géopolitique : si la situation en Ukraine évolue en 2015 vers une stabilisation, si les relations entre la Russie et les pays occidentaux s’améliorent, le sentiment de crise permanente créé par l’annexion de la Crimée disparaîtra de la communauté des affaires et l’horizon économique de Moscou sera plus dégagé.
Quels sont les éléments de blocage ?
La Russie souffre d'un manque structurel d'investissements productifs. C'est un point qui n'a pas été sérieusement pris en compte. Le gouvernement a tenté de mettre en place une politique de diversification économique en 2007, mais celle-ci a été contrée par la crise de 2009, qui a surpris tout le monde par son ampleur, mais qui renvoie elle aussi à l'insuffisante modernisation de l'économie. Cette carence en investissements a limité la capacité de la Russie à rendre plus compétitive




