L'urbanisme est toujours politique. Cela est particulièrement évident à Istanbul, que le très autoritaire président Recep Tayyip Erdogan - ancien maire de la grande métropole du Bosphore - veut remodeler à l'image de sa mégalomanie pour le centenaire de la République en 2023. Les projets d'aménagement de la place Taksim, au cœur de la ville, avaient précipité le grand mouvement de protestation du printemps 2013, mais les chantiers prévus touchent avant tout les périphéries de cette immense agglomération de 15 millions d'habitants. «Les mégaprojets annoncés d'un canal parallèle au Bosphore reliant la mer Noire à la mer de Marmara, d'un troisième aéroport et d'un troisième pont sur le Bosphore constituent le socle de cette métropole en devenir», soulignent Yoann Morvan, anthropologue chargé de recherche au CNRS et Sinan Logie, architecte et professeur à l'université Bilgi d'Istanbul.
Ils ont arpenté à pied les banlieues, «ces confins où s'entrechoquent campagnes hallucinées et ville tentaculaire», où se dessine «la mégalopole qui vient».Le livre est bref mais essentiel par ce mélange entre l'analyse et l'acuité du regard pour parler d'une ville «hors du champ de vision de la majorité des Stambouliotes, sans même parler des touristes les plus chevronnés». Le périple démarre au fond de la Corne d'Or, l'estuaire de la rivière se jetant dans le Bosphore qui fut le berceau de Byzance, où s'élève la mosquée d'Eyüp Sultan, chère à Pierre Loti, la pl




