La droite revient au pouvoir en Croatie, où la conservatrice Kolinda Grabar Kitarovic, ancienne ministre des Affaires étrangères (de 2005 à 2008), a été élue à la tête du pays, face au président sortant, social-démocrate, Ivo Josipovic. Inattendue, cette courte victoire (50,4% des voix) est un coup de semonce pour une gauche en échec sur le plan économique qui détient, au gouvernement et au Parlement une majorité, qu’elle va devoir remettre en jeu dans les urnes à la fin de cette année.
Verdict. En la personne de Kolinda Grabar Kitarovic, première femme élue présidente dans les Balkans, la Communauté démocratique croate (HDZ), fondée en 1989 par le très contesté Franjo Tudjman et au pouvoir de 1991 à 2009, redore un blason terni par les malversations financières de son dernier chef de gouvernement, le Premier ministre Ivo Sanader. Accusé d'avoir touché des pots-de-vin de plus de 10 millions d'euros d'une banque autrichienne et d'un groupe énergétique hongrois, l'ex-Premier ministre conservateur (2003-2009) a été condamné à dix ans de prison en novembre 2012. En mars 2014, il est condamné en même temps que son parti, le HDZ, à neuf autres années d'emprisonnement pour corruption à son profit et à celui de son organisation politique. «Sanader a complètement ruiné la confiance du public dans les institutions et les autorités en créant l'image que la politique est une profession pour devenir riche», avait martelé le juge en expliquant son verdict.
Le HDZ, dont Sanader avait été exclu en 2010, avait pour sa part été condamné à payer une amende de 3,79 millions euros. Cette sévérité était le prix à payer pour adhérer à l’Union européenne.
A l'automne 2014, personne ne se serait attendu à ce que le purgatoire dure si peu de temps pour le HDZ. Même s'il était clair que l'opinion était de plus en plus agacée par l'incapacité du gouvernement social-démocrate de Zoran Milanovic à remonter la pente économique. La Croatie est en effet en récession quasiment permanente depuis 2008 et la dette publique y représente près de 80% du PIB. Celui-ci devrait de nouveau reculer en 2014, d'environ 0,5%. Le taux de chômage frôle les 20% et un jeune sur deux est sans emploi. L'entrée de la Croatie dans l'UE, dont elle est devenue le 28e Etat membre en 2013, n'a rien arrangé. Les investisseurs étrangers ont continué de bouder le pays. Et la corruption ne s'est pas arrêtée. En octobre, c'est le maire de Zagreb, Milan Bandic, archétype du dirigeant féodal, ancien socialiste proche des nationalistes, qui est tombé pour corruption en même temps que toutes les entreprises chargées des services communaux (déchets, voirie, eau, transports, etc.). Grâce notamment à l'engagement des écologistes de tout poil.
Expulsions. La société civile est une force réelle en Croatie, comme l'a montré la troisième place acquise au premier tour de la présidentielle en décembre par un jeune anarchiste, Ivan Vilibor Sincic, animateur d'une association contre les expulsions de locataires, avec plus de 16% des voix. Le jeune homme s'est refusé à donner des consignes de vote. Et il semble clair que la présidente du HDZ doit autant son succès au ralliement des voix d'extrême droite (auquel elle a promis une politique plus ferme vis-à-vis de la Serbie) qu'au refus des dissidents de gauche d'endosser la politique social-démocrate. Un phénomène qui risque de se généraliser en Europe.




