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Libération

La diplomatie sévèrement embourbée

Le sommet sur le conflit ukrainien qui devait se tenir jeudi a été repoussé.

Publié le 15/01/2015 à 19h56

Destinée à trouver une solution politique à la crise ukrainienne, cette réunion aurait dû avoir lieu jeudi à Astana, la très mégalomaniaque nouvelle capitale du président kazakh Noursoultan Nazarbaïev, avec autour de la table la chancelière Angela Merkel, François Hollande et les présidents ukrainien, Petro Porochenko, et russe, Vladimir Poutine. Après d’intenses consultations et faute de trouver un accord sur ce qui pourrait être négocié, les ministres des Affaires étrangères des quatre pays avaient décidé lundi de remettre à des jours meilleurs ce face-à-face. Il pourrait toutefois encore survenir avant la fin du mois, a encore rappelé jeudi la présidence kazakhe, qui joue les intermédiaires pour redorer le blason d’un très autoritaire président à vie (de fait) dont le régime s’illustre autant par sa corruption que la répression de toute voix dissidente.

«Cela s'annonçait comme un sommet pour rien, car toutes les conditions n'étaient pas réunies pour aboutir à des résultats», explique-t-on à Paris à l'unisson avec Berlin, où l'on insistait sur la nécessité d'arriver à des «progrès concrets» sur le respect du cessez-le-feu et l'établissement d'une ligne de démarcation entre les forces du gouvernement ukrainien et les rebelles séparatistes.

Evidence. Alors que le respect de ce cessez-le-feu est de plus en plus fragile, la diplomatie fait du sur place. Des centaines de personnes ont été tuées dans les combats depuis le 5 septembre, quand fut négocié à Minsk - par des intermédiaires dont l'ancien président ukrainien prorusse Leonid Koutchma - un accord en douze points instaurant un cessez-le-feu et posant les bases d'une négociation pour un futur statut des régions séparatistes.

L’idée maîtresse de la rencontre d’Astana est d’impliquer directement le président russe pour donner plus de force à un éventuel accord. Jusqu’ici, ce dernier ne s’est jamais engagé, affirmant ne pas avoir de contrôle sur les forces séparatistes en dépit de l’évidence du soutien de Moscou et la présence sur le terrain de 7 500 soldats russes, selon les autorités de Kiev.

En revenant d'une visite officielle à Astana, Hollande s'était arrêté le 6 décembre à Moscou pour rencontrer son homologue russe. «Vladimir Poutine ne veut pas annexer l'est de l'Ukraine, il me l'a dit. Il veut rester influent et ne veut pas que l'Ukraine bascule dans l'Otan. Ce que nous voulons de Poutine, c'est qu'il respecte l'intégrité territoriale de l'Ukraine et ne soutienne plus les rebelles», avait expliqué le président français sur France Inter début janvier. Mais l'homme fort du Kremlin continue dans les faits à souffler le chaud et le froid.

Bastions. L'Ukraine comme la Russie et les Européens ont tout à gagner à une désescalade. Le pouvoir pro-européen de Kiev est conscient de l'impossibilité de reconquérir par la force les bastions séparatistes et le coût de la guerre pèse lourdement sur une économie nationale en déroute. La Russie, de son côté, subit de plus en plus les effets des sanctions décidées par les Occidentaux et son isolement diplomatique sur le dossier ukrainien est patent. Seuls Cuba, le Nicaragua la Syrie et le Venezuela ont reconnu l'annexion de la Crimée, alors que même de fidèles alliés comme la Biélorussie ou le Kazakhstan s'y sont refusés, inquiets des visées de Moscou sur leurs propres minorités russes.

Quant à l’UE, elle veut sortir au plus vite d’une crise qui est la plus grave qu’elle connaît depuis la fin de la guerre froide. Quitte même à mettre de côté l’annexion de la Crimée dans le débat sur les sanctions, comme le suggère un document de travail de la Commission européenne, avant une réunion, lundi, des ministres des Affaires étrangères des Vingt-Huit.

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