Vendredi le Sénat congolais a amendé une révision du projet de loi électorale, imposant le respect des échéances électorales de 2016. Cependant, si députés et sénateurs ne parviennent pas à s’entendre, le texte voté par les députés sera retenu. En effet le projet de loi électorale associe la tenue des prochaines élections législative et présidentielle, prévues courant 2016, aux résultats du recensement général. Or, selon certains observateurs, le recensement pourrait prendre…trois ans. Vendredi la rue chantait les louanges de la Chambre haute.
C’est ce projet qui a mis le feu aux poudres pendant trois jours, depuis lundi, car il est susceptible, selon l’opposition et l’Eglise catholique très influente, d’aboutir à un report des scrutins prévus et de favoriser le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, depuis quatorze ans à la tête de ce pays immense.
Report. Mais Kabila, qui avait succédé à son père assassiné, ne peut se représenter pour un troisième mandat dans l'état actuel de la Constitution. Pendant toute la semaine l'opposition a dénoncé un «coup d'État constitutionnel». Le gouvernement avait, d'abord reconnu que le recensement électoral risquait d'entraîner un report de la présidentielle. Alors qu'on déplorait 11 victimes à Kinshasa, Evariste Boshab, juriste éminent et proche de Kabila, a voulu apaiser les choses en déclarant qu'il ne s'agissait que «d'une ébauche» et assuré qu'il «n'y a pas du tout de conditionnalité» entre la tenue des élections et la réalisation du recensement.
Selon une organisation congolaise de défense des droits de l'homme, le bilan avoisinerait, et rien qu'à Goma, les 40 victimes. Un bilan contesté par le pouvoir. Des affrontements sporadiques se sont aussi déroulés aux alentours de l'université de Kinshasa aux cris de «Kabila dégage». Certains connaisseurs du pays assurent que ces manifestations de jeunes ressemblent aux premières manifestations anti-Compaoré au Burkina, et d'ajouter que «de gros nuages s'amoncellent sur le pays», alors que les partis traditionnels «n'ont plus la main» sur ces mêmes jeunes.
Respect. Des émeutiers ont incendié une mairie et de nombreux pillages ont eu lieu dans la capitale. «343 pillards vont être présentés à la justice. Ils ont été arrêtés sur le terrain en flagrant délit», a affirmé le porte-parole du gouvernement, qui n'a pas relâché la pression cette semaine. La police dénonce naturellement une manipulation de l'opposition. L'Église avait de nouveau sèchement rappelé l'exécutif au respect de la Constitution. L'archevêque de Kinshasa, Laurent Monsengwo, a lancé un appel : «Arrêtez de tuer votre peuple !» Ces derniers observateurs qualifiaient ces derniers jours la situation de «périlleuse», même si depuis deux jours le calme est revenu à Kinshasa.




