Angela Merkel s'est contentée du minimum syndical. La chancelière allemande, qui n'avait pas rencontré le nouvel homme fort d'Athènes lors de sa venue à Berlin en mai 2012, n'a montré aucun empressement à «féliciter» Aléxis Tsípras. Les Allemands sont en effet d'accord sur un point : «En votant Tsípras, les Grecs ont voté contre Merkel» (dixit Der Spiegel) et contre la rigueur. Dimanche, ni la CDU (conservateur) ni le SPD (social-démocrate) n'avaient jugé bon de réagir au scrutin grec.
Le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, a été le seul officiel allemand à prendre la parole en demandant à Syriza de «ne pas faire de promesses illusoires» à ses concitoyens. Lundi matin, c'est un second couteau du SPD, le vice-chef du groupe parlementaire au Bundestag, Carsten Schneider, qui a pris le premier la parole, assurant que l'Allemagne était «prête à travailler avec n'importe quel gouvernement élu démocratiquement. A condition que soit respectée la fidélité aux traités déjà signés par la Grèce vis-à-vis de ses partenaires de la zone euro».
«Poker». «La zone euro n'est pas un tripot dans lequel chacun pourrait jouer comme il le veut. Un traité est un traité», s'indignait lundi le quotidien populaire Bild, rappelant que l'Union européenne «a respecté ses engagements depuis 2010» en accordant plus de 200 milliards d'euros à la Grèce. Et s'indignant de certaines revendications de Syriza envers l'Allemagne, comme la réclamation de dédommagements liés à la Seconde Guerre mondiale. Selon le quotidien Süddeutsche Zeitung (centre gauche), Berlin n'a pas attendu le vote de dimanche pour approcher l'entourage de Aléxis Tsípras via le secrétaire d'Etat au Travail, le SPD Jörg Asmussen, qui a déjà débuté d'officieux entretiens avec Syriza au cours des dernières semaines.
Les relations entre les deux pays s'annoncent en effet houleuses. Dans un premier temps, Berlin cherchera à recenser des points de négociation possibles avec la nouvelle équipe grecque. Une troisième réduction de la dette d'Athènes est à l'heure actuelle inenvisageable pour Berlin, tant pour la CDU que pour le SDP. «Entre Merkel et Tsípras, il va y avoir une partie de poker passionnante», estime Julian Rappold, de l'institut de politique étrangère DGAP.
«Printemps rouge». Au-delà de la Grèce, l'Allemagne craint une contagion du rejet de l'austérité à d'autres pays en difficulté comme l'Espagne. Mais, même en République fédérale, le succès de Tsípras pourrait réveiller les attentes d'une partie de la gauche. Lundi, la coprésidente du parti néocommuniste allemand Die Linke, Katja Kipping, appelait «à un printemps rouge européen», tandis que la confédération syndicale DGB réclame un changement radical de cap. «Il faut mettre fin aux programmes d'austérité, qui sont en premier lieu portés par les petites gens et qui, en Grèce comme ailleurs, ont mené à des conditions de vie scandaleuses», estime le chef du DGB, Reiner Hoffmann. A l'autre bout de l'échiquier politique, le petit parti anti-euro AfD, qui progresse sur la droite de la CDU depuis des mois, s'est dit lui aussi favorable à une réduction de la dette grecque, à condition que le pays sorte en même temps de la zone euro.




