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Libération

Madrid et Rome se prennent à rêver

La victoire du parti d’Aléxis Tsípras redonne de l’allant aux gauches du sud de l’Europe.

Publié le 26/01/2015 à 20h16

Les gauches radicales de l'Europe du Sud sont galvanisées par la victoire de Syriza en Grèce, notamment en Espagne où Podemos («Nous pouvons»), né du mouvement des Indignés, est au coude à coude avec la droite au pouvoir, aussi bien dans les intentions de vote pour les élections régionales et municipales partielles du printemps que pour les législatives de novembre. «Nous avançons vers un scénario qui isolera la chancelière allemande, Angela Merkel», soulignait lundi Pablo Iglesias, 36 ans, très charismatique professeur de sciences politiques convaincu «qu'à partir de maintenant naît l'espoir mais avec responsabilité et sérieux, sans aucune euphorie».

Nouvelle donne. L'irrésistible montée de ce parti antiaustérité inquiète sérieusement le PSOE, le parti socialiste espagnol, encore ébranlé par la politique d'austérité menée lors de l'éclatement de la crise par son ex-leader José Luis Rodríguez Zapatero et toujours incapable, face au Parti populaire de Mariano Rajoy, d'incarner un quelconque espoir d'alternative. Comme Aléxis Tsípras en Grèce, Pablo Iglesias se voit en Premier ministre pour mener «une autre politique» et en finir avec l'austérité imposée par Bruxelles. Sa victoire, plus encore que celle de Syriza en Grèce, créerait une nouvelle donne au sein de l'Union européenne. «Aucun gouvernement étranger ne pourra menacer l'Espagne qui est la quatrième économie de l'UE», aime à répéter Pablo Iglesias.

En Italie, la situation est différente. La gauche de la gauche reste éclatée et impuissante, faute notamment d'un leader charismatique capable, tel Aléxis Tsípras en Grèce ou Pablo Iglesias en Espagne, d'en coaliser les diverses composantes. Nichi Vendola, de Gauche, Ecologie et Liberté, a appelé dimanche à créer une «coordination» des divers groupes et associations de cette mouvance. Mais la dynamique reste poussive.

Plomb. «En Italie, Aléxis Tsípras s'appelle Matteo Renzi», avait tweeté dimanche soir Sandro Gozzi, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes.Renzi, leader du centre gauche devenu président du conseil en février 2014, peu après avoir conquis la direction du Partito Democratico, reste de loin la figure la plus forte de la gauche transalpine. Il a triomphé lors des européennes de mai en remportant 40% des suffrages. La popularité du jeune Toscan, qui se pose en grand innovateur de la politique italienne par ses audaces réformatrices, commence néanmoins à avoir du plomb dans l'aile, surtout sur sa gauche. En témoigne, par exemple, la grève générale lancée mi-décembre par les deux principales confédérations syndicales, la GCIL et la UIL, pour s'opposer à sa politique et à la réforme du code du travail.

La situation économique italienne stagne malgré l’austérité et la dette atteint 130% du PIB. Mais Matteo Renzi espère pouvoir profiter de la nouvelle configuration créée dans l’UE par la victoire de Syriza pour obtenir plus de moyens pour une politique de relance. Et comme François Hollande, Renzi compte bien se poser en médiateur entre Berlin et Athènes, entre les pays du nord et ceux du sud de l’UE, fort de ses liens avec la chancelière allemande. Mais le nouvel élan dont va profiter la gauche de la gauche le met aussi dans une situation difficile.

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